« Le nom NaTran […] évoque notre cœur de métier d’opérateur de TRANsport, sa Transformation, ainsi que notre engagement sociétal en faveur du respect de la NATure et de la TRANsition énergétique. » Début 2025, GRTGaz change de nom et accompagne cette modification de ces promesses… et, sans le dire, d’un souhait : marquer sa différence avec GRDF pour ne plus être confondu avec son entreprise cousine.
GRTgaz souhaite ainsi clarifier son rôle de gestionnaire du réseau de transport, par opposition avec le réseau de distribution. Car en tant qu’acteurs publics, GRDF et GRTgaz répondent aujourd’hui à des besoins essentiels pour le réseau de gaz en France mais sur des niveaux différents.
Collectif Énergie vous présente dans cet article le rôle de GRDF et GRTgaz, devenu NaTran, leur implication dans la décarbonation du gaz naturel ou dans le développement de l’hydrogène, mais aussi le coût que représente sur vos factures la gestion d’un réseau de gaz.
En résumé :
- Pour le réseau gazier, comme dans l’électricité, on distingue l’activité de transport et la distribution.
- NaTran s’occupe du transport. GRDF est en charge de la distribution.
- Ce ne sont pas les seuls acteurs. Une partie du transport revient à Teréga, tandis que des ELD subsistent pour la distribution sur certains territoires.
- Chaque consommateur finance ces acteurs via des contributions tarifaires définies par la CRE.
- Le gaz reste aujourd’hui essentiel pour de nombreux consommateurs, en particulier pour le résidentiel (chauffage du bâtiment) ainsi que pour des industriels.
- Le coût d’entretien du réseau de distribution et de transport risque de reposer sur de moins en moins de consommateurs, les exposant à des factures de plus en plus élevées.
Qu’est-ce qui distingue vraiment GRDF et GRTgaz (devenu NaTran) ?
Le réseau de distribution : GRDF achemine le gaz jusqu’à votre porte
GRDF est l’acteur que vous pouvez rencontrer le plus souvent sur le terrain. En tant que gestionnaire du réseau de distribution, GRDF est incontournable pour les demandes de raccordement et garantir l’acheminement à 11 millions de clients en France.
C’est lui qui doit assurer l’arrivée du gaz jusqu’au consommateur final, jusqu’à son point de livraison, quel que soit le fournisseur. Il se doit donc d’être un acteur neutre et indépendant, lié à un contrat de service public, même si GRDF reste une filiale d’Engie. Son réseau s’étend sur l’ensemble des régions françaises, avec plus de 200 000 kilomètres de canalisations. Cela permet un maillage fin sur les derniers kilomètre du réseau.
Attention cependant : toute la distribution de gaz naturel ne relève pas de GRDF. De nombreuses régions possèdent toujours des entreprises locales de distribution (ELD), comme pour l’électricité. Ce sont des régies indépendantes qui ont été maintenues lors de la nationalisation de 1946 et qui couvrent aujourd’hui environ 5 % du territoire national. Elles sont généralement en situation de monopole à la fois pour la fourniture et la distribution, comme GEG (Grenoble), Gedia (Dreux) ou encore l’ESDB Régie de Saint-Marcellin. D’autres ELD plus imposantes, comme Gaz de Bordeaux avec la société Régaz, ont néanmoins dû séparer leurs activités de fournisseur et de distributeur.
Le réseau de transport : NaTran et l’autoroute du gaz naturel
NaTran doit également gérer un réseau de canalisations de gaz. Mais celles-ci sont à haute pression et ne couvrent que 32 000 km, sur la quasi-totalité du territoire métropolitain de la France. Surtout, le réseau de transport de NaTran est relié à 14 sites de stockage, 4 ports méthaniers et des réseaux de transport de gaz à l’étranger (Allemagne, Belgique, Suisse… et Norvège !)
Ainsi, NaTran permet au gaz de circuler sur de longues distances, à 40 km/h environ grâce à la pression maintenue dans le réseau. NaTran n’opère d’ailleurs pas qu’en France ! En fait, le groupe de transport possède deux filiales, dont l’une possède des parts sur une partie du réseau allemand (NaTran Deutschland). Le second, Elengy, exploite trois des terminaux méthaniers français.
NaTran exerce un rôle central dans l’approvisionnement en gaz du pays, la France étant aujourd’hui strictement importateur de la molécule – hors biogaz lorsqu’il est injecté dans le réseau.
Teréga : l’autre acteur du transport souvent oublié
Attention cependant : tout le transport du gaz n’est pas exploité par NaTran. Dans le Sud-Ouest, c’est Teréga qui est gestionnaire du transport. Cet acteur est issu de la Société nationale des gaz du Sud-Ouest (SNGSO), qui a fait partie un temps du groupe Elf-Aquitaine puis Total.
Son implantation spécifique, là où se trouvent certaines réserves d’hydrocarbures françaises comme le gisement (épuisé) de gaz naturel de Lacq, en fait un des acteurs clés pour la France mais aussi dans les échanges énergétiques avec l’Espagne, avec la gestion de deux gazoducs transfrontaliers.
Pourquoi confondait-on si souvent GRDF et GRTgaz ?
Un historique commun avec Gaz de France
Si Teréga a été lié à Elf puis Total, GRDF et GRTgaz sont issus d’une autre entreprise commune : Gaz de France (GDF). Fondé après la Seconde guerre mondiale lors de la vague de nationalisation des secteurs stratégiques, Gaz de France a été en charge de la production et distribution de gaz de ville, puis plus généralement de la vente de gaz sur le territoire français.
Au tournant des années 2000, ses activités sont séparées en plusieurs filiales pour correspondre notamment aux « monopoles naturels » comme la distribution et le transport, tout en laissant de la place à une ouverture à la concurrence pour l’activité de vente et fourniture. Ainsi sont créés GRDF et GRTgaz, qui demeurent deux entités rattachées au groupe GDF (devenu GDF Suez en 2008, puis Engie à partir de 2015).
Des acronymes proches qui prêtaient à confusion… jusqu’en 2025
Avec une différence minimale dans leur sigle, il pouvait difficile de s’y retrouver entre GRDF et GRTgaz. Mais depuis 2025, GRTgaz a assumé un changement de dénomination pour mettre davantage en avant son rôle dans le transport du gaz. L’entité a choisi l’acronyme NaTran pour une plus grande différenciation de leurs activités.
Des missions complémentaires mais distinctes
Comme pour Enedis face à RTE, la complexité du système énergétique ouvert à la concurrence et les différentes échelles de travail rendent la confusion d’autant plus fréquente entre GRDF et NaTran. Or, du transport à la distribution, les répercussions pour le consommateur ne sont pas les mêmes.
Pour la plupart des besoins en gaz, en particulier sur les demandes de raccordement ou de maintenance, GRDF sera l’interlocuteur privilégié.
Qui gère le stockage du gaz : GRDF ou NaTran ?
Avant les canalisations gazières, le gaz est le plus souvent stocké. En effet, la France possède 15 sites de stockage souterrains qui permettent de se prémunir lors des périodes de fortes demandes en chauffage pendant l’hiver, là où le gaz est le plus consommé.
Deux opérateurs se partagent cette tâche : Storengy (filiale d’Engie) et Teréga (voir ci-dessus). Ils stockent le gaz dans des roches souterraines : soit dans des nappes aquifères, soit en cavités salines, soit en gisement déplété – c’est-à-dire un ancien site de production d’hydrocarbures désormais épuisé.
Ces sites de stockage stratégiques permettent d’éviter une rupture d’approvisionnement, puisque la totalité du gaz consommé en France (hors biogaz) est désormais importé. Si jamais les flux en GNL ne sont pas plus assez importants ou si des maintenances fortuites sur les sites de production internationaux (États-Unis, Norvège, Algérie, Qatar, Australie…) interviennent, cela permet de couvrir la puissance appelée sur une période de froid malgré un taux d’injection plus faible.
Au total, la France peut stocker jusqu’à 130 TWh de gaz, soit environ un tiers de la consommation annuelle nationale.
Comment ces deux réseaux fonctionnent-ils ensemble au quotidien ?

Réseau de gaz présenté dans l’édition 2025 des chiffres clés de l’énergie
Le parcours du gaz : de la frontière à votre compteur
Depuis 2013 et la fin de l’exploitation du site de Lacq, le gaz arrive de l’autre côté des frontières françaises. Depuis la fin des livraisons via Nord Stream et le début de la guerre en Ukraine, l’approvisionnement est majoritairement issu du GNL. Les principaux pays exportateurs vers la France sont désormais les États-Unis, l’Algérie, la Norvège… et la Russie, toujours.

Le gaz arrive ainsi majoritairement sur des méthaniers jusqu’à des terminaux qui vont pouvoir le regazéifier et l’envoyer vers des sites de stockage répartis sur le territoire. Ensuite, le gaz parcourt le réseau de canalisations de NaTran ou Téréga, puis de GRDF, pour arriver jusqu’à votre compteur.
La coordination entre transport et distribution
Ainsi, le gaz doit circuler entre deux réseaux complémentaires : celui à la grande maille, national et régional, qui permet au gaz d’arriver en France et d’être transporté sur de longues distances. Ensuite, la distribution permet de répartir le gaz vers les consommateurs en toute sécurité.
Ce réseau est comparé le plus souvent à celui des routes principales et secondaires pour les voitures et les camions. NaTran a la charge des autoroutes gazières, en veillant à la continuité de l’acheminement, en particulier entre l’été et l’hiver. Pour cela, il mène des opérations de surveillance et de maintenance régulières sur le réseau, tout en veillant à son bon dimensionnement pour éviter des congestions.
Ensuite, le gaz rejoint les canalisations de GRDF sur des petits axes locaux, départementaux. La carte du réseau de distribution montre d’ailleurs sa discontinuité. C’est une notion importante, puisqu’une demande de raccordement pourrait être nécessaire si votre local ne se trouve pas déjà à proximité du réseau GRDF ou dans une commune desservie (voir la carte ci-dessus).
Et qui s’occupe du biogaz ?
L’injection de biogaz est l’un des enjeux majeurs pour parvenir à la transition énergétique. Cela doit venir compléter les dispositifs de cogénération – avec un biogaz générant à la fois de la chaleur et de l’électricité, directement – pour réduire l’impact carbone de la consommation de gaz.
Cela se traduit par l’introduction de Certificats de production de biogaz, qui obligent les fournisseurs d’énergie à financer leur production, mais aussi par une mission nouvelle pour GRDF et pour NaTran.
En effet, les gestionnaires des réseaux de gaz doivent désormais aussi ouvrir de nouvelles canalisations et moderniser leur maillage pour permettre aux méthaniseurs d’être reliés et d’injecter directement leur biométhane.
Le rôle de la CRE dans la régulation
La Commission de régulation de l’énergie joue un rôle de surveillance des gestionnaires de réseau situés en France, qu’il s’agisse de NaTran, GRDF ou Teréga. Elle est notamment décisionnaire dans la fixation des coûts d’utilisation des réseaux de gaz naturel, « dans la mesure où ces coûts correspondent à ceux d’un gestionnaire de réseau efficace ».
Ces coûts se répartissent sous la forme de différents tarifs, dont l’ATRT (pour le réseau de transport) et l’ARTD (pour la distribution). Des tarifs dédiés à l’accès aux stockages ou aux terminaux méthaniers existent également et sont régulés par la CRE.
À qui s’adresser selon votre besoin : GRDF ou NaTran ?
GRDF pour accélérer la décarbonation des particuliers et petites entreprises
GRDF s’adresse à des consommateurs modestes, comme les particuliers ou des entreprises dont les besoins sont ciblés. Cela s’adresse à des usages énergétiques multiples comme le chauffage, la production d’eau chaude ou encore la cuisson. Enfin, GRDF distribue aussi le gaz utilisé comme carburant (GNV et BioGNV).
GRDF œuvre en parallèle à promouvoir et à s’inscrire dans une trajectoire de décarbonation, « en ligne avec l’Accord de Paris », grâce à l’injection de 20 % de gaz verts d’ici 2030 et la réduction des émissions liées aux activités directes de GRDF comme la surveillance du réseau.
NaTran pour l’approvisionnement des gros consommateurs industriels en gaz… et bientôt en hydrogène ?
Pour les grands sites des industries, qui ont besoin de volumes de gaz plus importants, NaTran achemine directement le gaz. Il offre aussi des solutions pour réduire l’impact carbone de ces activités, soit par le transport d’hydrogène en parallèle du gaz naturel, soit par le transport de CO2 après capture.
Ainsi, NaTran pourrait développer des réseaux de CCUS, comme dans le projet de connexion de plusieurs sites industriels des Pays de la Loire vers le port méthanier de Montoir-de-Bretagne, afin de stocker à terme le CO2 dans des réserves norvégiennes en mer du Nord. Cette infrastructure de 375 kilomètres de canalisations, baptisée GOCO2, pourrait coûter plus de 2,5 milliards d’euros.
Les prestations et tarifs : qui facture quoi ?
Les coûts liés à l’utilisation des réseaux publics de transport et de distribution du gaz sont inclus dans votre facture sous la forme de contributions tarifaires régulés par la Commission de régulation de l’énergie. La CRE permet ainsi aux distributeurs et aux transporteurs du gaz d’être financés pour assurer la sécurité du réseau mais aussi ses travaux de modernisation ou les systèmes de surveillance – comme les voitures de GRDF qui sillonnent les routes pour flairer les fuites de gaz.
Un tarif de distribution par zones
Les tarifs de distribution évoluent tous les ans au 1er juillet, selon des conditions fixées par l’ARTD7 pour la période 2024-2027. La plupart de ces tarifs suivent un principe de péréquation. Cela signifie notamment qu’au sein d’une zone desservie par une entreprise de distribution (GRDF ou autre), tous les consommateurs auront un même tarif, sans influence de leur situation géographique précise – afin d’éviter de surtaxer des consommateurs isolés par exemple.
Pour l’ATRD, il existe au total 11 tarifs péréqués et… 167 tarifs non péréqués, qui correspondent à des zones ne relevant pas du périmètre historique de GRDF ou d’une ELD.
Votre zone de prix est indiquée sur votre facture. Attention : certains fournisseurs peuvent appliquer leur propre zonage.
Le tarif de transport décomposé
Le tarif ATRT fonctionne lui comme une zone unique, mais avec différents termes tarifaires qui permettent de décomposer l’acheminement du gaz jusqu’à votre site. Cela inclut le point d’entrée du gaz (terminaux méthaniers ou gazoducs transfrontaliers), le réseau principal utilisé et les réseaux régionaux.
Le transport et la distribution : un coût quasi incompressible pour NaTran et GRDF… qui risque de peser sur vos factures à l’horizon 2030
Les montants liés à l’acheminement du gaz sont en forte progression. Avec les objectifs de décarbonation et la volonté de réduire la consommation gazière à l’horizon 2050 – même si la neutralité carbone s’appuie également sur le biogaz, qui permet de conserver les avantages de la molécule pour un bilan en émissions de CO2 drastiquement diminué –, cela pourrait même devenir un enjeu financier sensible pour votre entreprise.
En effet, NaTran annonçait par exemple un investissement de 390,95 millions d’euros en 2024 pour accroitre les capacités et les performances du réseau de transport. GRDF est également engagé dans les projets de méthanisation avec les agriculteurs.
Ainsi, l’enjeu de l’injection de biométhane ou le développement de la filière de l’hydrogène – en lien direct avec le réseau gazier existant – pourrait faire grimper ces investissements dans le transport et la distribution du gaz. Et entre sobriété énergétique et électrification des usages, ces coûts vont être supportés par un nombre décroissant de consommateurs dans les prochaines années, augmentant de fait le poids de l’acheminement du gaz pour votre facture.
C’est un enjeu à anticiper dès aujourd’hui, grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique de vos installations ou en décarbonant plus rapidement votre activité. Vous éviterez ainsi une exposition trop forte à une dépense incompressible.

Article rédigé par Côme Tessier
Rédacteur web pour Collectif Énergie, je m’évertue à glisser des touches sportives ou des notes sucrées pour rendre plus accessibles les sujets liés à l’énergie. Sans jamais oublier de traquer les doubles espaces qui perturbent la lecture.
« Le nom NaTran […] évoque notre cœur de métier d’opérateur de TRANsport, sa Transformation, ainsi que notre engagement sociétal en faveur du respect de la NATure et de la TRANsition énergétique. » Début 2025, GRTGaz change de nom et accompagne cette modification de ces promesses… et, sans le dire, d’un souhait : marquer sa différence avec GRDF pour ne plus être confondu avec son entreprise cousine.
GRTgaz souhaite ainsi clarifier son rôle de gestionnaire du réseau de transport, par opposition avec le réseau de distribution. Car en tant qu’acteurs publics, GRDF et GRTgaz répondent aujourd’hui à des besoins essentiels pour le réseau de gaz en France mais sur des niveaux différents.
Collectif Énergie vous présente dans cet article le rôle de GRDF et GRTgaz, devenu NaTran, leur implication dans la décarbonation du gaz naturel ou dans le développement de l’hydrogène, mais aussi le coût que représente sur vos factures la gestion d’un réseau de gaz.
En résumé :
- Pour le réseau gazier, comme dans l’électricité, on distingue l’activité de transport et la distribution.
- NaTran s’occupe du transport. GRDF est en charge de la distribution.
- Ce ne sont pas les seuls acteurs. Une partie du transport revient à Teréga, tandis que des ELD subsistent pour la distribution sur certains territoires.
- Chaque consommateur finance ces acteurs via des contributions tarifaires définies par la CRE.
- Le gaz reste aujourd’hui essentiel pour de nombreux consommateurs, en particulier pour le résidentiel (chauffage du bâtiment) ainsi que pour des industriels.
- Le coût d’entretien du réseau de distribution et de transport risque de reposer sur de moins en moins de consommateurs, les exposant à des factures de plus en plus élevées.
Qu’est-ce qui distingue vraiment GRDF et GRTgaz (devenu NaTran) ?
Le réseau de distribution : GRDF achemine le gaz jusqu’à votre porte
GRDF est l’acteur que vous pouvez rencontrer le plus souvent sur le terrain. En tant que gestionnaire du réseau de distribution, GRDF est incontournable pour les demandes de raccordement et garantir l’acheminement à 11 millions de clients en France.
C’est lui qui doit assurer l’arrivée du gaz jusqu’au consommateur final, jusqu’à son point de livraison, quel que soit le fournisseur. Il se doit donc d’être un acteur neutre et indépendant, lié à un contrat de service public, même si GRDF reste une filiale d’Engie. Son réseau s’étend sur l’ensemble des régions françaises, avec plus de 200 000 kilomètres de canalisations. Cela permet un maillage fin sur les derniers kilomètre du réseau.
Attention cependant : toute la distribution de gaz naturel ne relève pas de GRDF. De nombreuses régions possèdent toujours des entreprises locales de distribution (ELD), comme pour l’électricité. Ce sont des régies indépendantes qui ont été maintenues lors de la nationalisation de 1946 et qui couvrent aujourd’hui environ 5 % du territoire national. Elles sont généralement en situation de monopole à la fois pour la fourniture et la distribution, comme GEG (Grenoble), Gedia (Dreux) ou encore l’ESDB Régie de Saint-Marcellin. D’autres ELD plus imposantes, comme Gaz de Bordeaux avec la société Régaz, ont néanmoins dû séparer leurs activités de fournisseur et de distributeur.
Le réseau de transport : NaTran et l’autoroute du gaz naturel
NaTran doit également gérer un réseau de canalisations de gaz. Mais celles-ci sont à haute pression et ne couvrent que 32 000 km, sur la quasi-totalité du territoire métropolitain de la France. Surtout, le réseau de transport de NaTran est relié à 14 sites de stockage, 4 ports méthaniers et des réseaux de transport de gaz à l’étranger (Allemagne, Belgique, Suisse… et Norvège !)
Ainsi, NaTran permet au gaz de circuler sur de longues distances, à 40 km/h environ grâce à la pression maintenue dans le réseau. NaTran n’opère d’ailleurs pas qu’en France ! En fait, le groupe de transport possède deux filiales, dont l’une possède des parts sur une partie du réseau allemand (NaTran Deutschland). Le second, Elengy, exploite trois des terminaux méthaniers français.
NaTran exerce un rôle central dans l’approvisionnement en gaz du pays, la France étant aujourd’hui strictement importateur de la molécule – hors biogaz lorsqu’il est injecté dans le réseau.
Teréga : l’autre acteur du transport souvent oublié
Attention cependant : tout le transport du gaz n’est pas exploité par NaTran. Dans le Sud-Ouest, c’est Teréga qui est gestionnaire du transport. Cet acteur est issu de la Société nationale des gaz du Sud-Ouest (SNGSO), qui a fait partie un temps du groupe Elf-Aquitaine puis Total.
Son implantation spécifique, là où se trouvent certaines réserves d’hydrocarbures françaises comme le gisement (épuisé) de gaz naturel de Lacq, en fait un des acteurs clés pour la France mais aussi dans les échanges énergétiques avec l’Espagne, avec la gestion de deux gazoducs transfrontaliers.
Pourquoi confondait-on si souvent GRDF et GRTgaz ?
Un historique commun avec Gaz de France
Si Teréga a été lié à Elf puis Total, GRDF et GRTgaz sont issus d’une autre entreprise commune : Gaz de France (GDF). Fondé après la Seconde guerre mondiale lors de la vague de nationalisation des secteurs stratégiques, Gaz de France a été en charge de la production et distribution de gaz de ville, puis plus généralement de la vente de gaz sur le territoire français.
Au tournant des années 2000, ses activités sont séparées en plusieurs filiales pour correspondre notamment aux « monopoles naturels » comme la distribution et le transport, tout en laissant de la place à une ouverture à la concurrence pour l’activité de vente et fourniture. Ainsi sont créés GRDF et GRTgaz, qui demeurent deux entités rattachées au groupe GDF (devenu GDF Suez en 2008, puis Engie à partir de 2015).
Des acronymes proches qui prêtaient à confusion… jusqu’en 2025
Avec une différence minimale dans leur sigle, il pouvait difficile de s’y retrouver entre GRDF et GRTgaz. Mais depuis 2025, GRTgaz a assumé un changement de dénomination pour mettre davantage en avant son rôle dans le transport du gaz. L’entité a choisi l’acronyme NaTran pour une plus grande différenciation de leurs activités.
Des missions complémentaires mais distinctes
Comme pour Enedis face à RTE, la complexité du système énergétique ouvert à la concurrence et les différentes échelles de travail rendent la confusion d’autant plus fréquente entre GRDF et NaTran. Or, du transport à la distribution, les répercussions pour le consommateur ne sont pas les mêmes.
Pour la plupart des besoins en gaz, en particulier sur les demandes de raccordement ou de maintenance, GRDF sera l’interlocuteur privilégié.
Qui gère le stockage du gaz : GRDF ou NaTran ?
Avant les canalisations gazières, le gaz est le plus souvent stocké. En effet, la France possède 15 sites de stockage souterrains qui permettent de se prémunir lors des périodes de fortes demandes en chauffage pendant l’hiver, là où le gaz est le plus consommé.
Deux opérateurs se partagent cette tâche : Storengy (filiale d’Engie) et Teréga (voir ci-dessus). Ils stockent le gaz dans des roches souterraines : soit dans des nappes aquifères, soit en cavités salines, soit en gisement déplété – c’est-à-dire un ancien site de production d’hydrocarbures désormais épuisé.
Ces sites de stockage stratégiques permettent d’éviter une rupture d’approvisionnement, puisque la totalité du gaz consommé en France (hors biogaz) est désormais importé. Si jamais les flux en GNL ne sont pas plus assez importants ou si des maintenances fortuites sur les sites de production internationaux (États-Unis, Norvège, Algérie, Qatar, Australie…) interviennent, cela permet de couvrir la puissance appelée sur une période de froid malgré un taux d’injection plus faible.
Au total, la France peut stocker jusqu’à 130 TWh de gaz, soit environ un tiers de la consommation annuelle nationale.
Comment ces deux réseaux fonctionnent-ils ensemble au quotidien ?

Réseau de gaz présenté dans l’édition 2025 des chiffres clés de l’énergie
Le parcours du gaz : de la frontière à votre compteur
Depuis 2013 et la fin de l’exploitation du site de Lacq, le gaz arrive de l’autre côté des frontières françaises. Depuis la fin des livraisons via Nord Stream et le début de la guerre en Ukraine, l’approvisionnement est majoritairement issu du GNL. Les principaux pays exportateurs vers la France sont désormais les États-Unis, l’Algérie, la Norvège… et la Russie, toujours.

Le gaz arrive ainsi majoritairement sur des méthaniers jusqu’à des terminaux qui vont pouvoir le regazéifier et l’envoyer vers des sites de stockage répartis sur le territoire. Ensuite, le gaz parcourt le réseau de canalisations de NaTran ou Téréga, puis de GRDF, pour arriver jusqu’à votre compteur.
La coordination entre transport et distribution
Ainsi, le gaz doit circuler entre deux réseaux complémentaires : celui à la grande maille, national et régional, qui permet au gaz d’arriver en France et d’être transporté sur de longues distances. Ensuite, la distribution permet de répartir le gaz vers les consommateurs en toute sécurité.
Ce réseau est comparé le plus souvent à celui des routes principales et secondaires pour les voitures et les camions. NaTran a la charge des autoroutes gazières, en veillant à la continuité de l’acheminement, en particulier entre l’été et l’hiver. Pour cela, il mène des opérations de surveillance et de maintenance régulières sur le réseau, tout en veillant à son bon dimensionnement pour éviter des congestions.
Ensuite, le gaz rejoint les canalisations de GRDF sur des petits axes locaux, départementaux. La carte du réseau de distribution montre d’ailleurs sa discontinuité. C’est une notion importante, puisqu’une demande de raccordement pourrait être nécessaire si votre local ne se trouve pas déjà à proximité du réseau GRDF ou dans une commune desservie (voir la carte ci-dessus).
Et qui s’occupe du biogaz ?
L’injection de biogaz est l’un des enjeux majeurs pour parvenir à la transition énergétique. Cela doit venir compléter les dispositifs de cogénération – avec un biogaz générant à la fois de la chaleur et de l’électricité, directement – pour réduire l’impact carbone de la consommation de gaz.
Cela se traduit par l’introduction de Certificats de production de biogaz, qui obligent les fournisseurs d’énergie à financer leur production, mais aussi par une mission nouvelle pour GRDF et pour NaTran.
En effet, les gestionnaires des réseaux de gaz doivent désormais aussi ouvrir de nouvelles canalisations et moderniser leur maillage pour permettre aux méthaniseurs d’être reliés et d’injecter directement leur biométhane.
Le rôle de la CRE dans la régulation
La Commission de régulation de l’énergie joue un rôle de surveillance des gestionnaires de réseau situés en France, qu’il s’agisse de NaTran, GRDF ou Teréga. Elle est notamment décisionnaire dans la fixation des coûts d’utilisation des réseaux de gaz naturel, « dans la mesure où ces coûts correspondent à ceux d’un gestionnaire de réseau efficace ».
Ces coûts se répartissent sous la forme de différents tarifs, dont l’ATRT (pour le réseau de transport) et l’ARTD (pour la distribution). Des tarifs dédiés à l’accès aux stockages ou aux terminaux méthaniers existent également et sont régulés par la CRE.
À qui s’adresser selon votre besoin : GRDF ou NaTran ?
GRDF pour accélérer la décarbonation des particuliers et petites entreprises
GRDF s’adresse à des consommateurs modestes, comme les particuliers ou des entreprises dont les besoins sont ciblés. Cela s’adresse à des usages énergétiques multiples comme le chauffage, la production d’eau chaude ou encore la cuisson. Enfin, GRDF distribue aussi le gaz utilisé comme carburant (GNV et BioGNV).
GRDF œuvre en parallèle à promouvoir et à s’inscrire dans une trajectoire de décarbonation, « en ligne avec l’Accord de Paris », grâce à l’injection de 20 % de gaz verts d’ici 2030 et la réduction des émissions liées aux activités directes de GRDF comme la surveillance du réseau.
NaTran pour l’approvisionnement des gros consommateurs industriels en gaz… et bientôt en hydrogène ?
Pour les grands sites des industries, qui ont besoin de volumes de gaz plus importants, NaTran achemine directement le gaz. Il offre aussi des solutions pour réduire l’impact carbone de ces activités, soit par le transport d’hydrogène en parallèle du gaz naturel, soit par le transport de CO2 après capture.
Ainsi, NaTran pourrait développer des réseaux de CCUS, comme dans le projet de connexion de plusieurs sites industriels des Pays de la Loire vers le port méthanier de Montoir-de-Bretagne, afin de stocker à terme le CO2 dans des réserves norvégiennes en mer du Nord. Cette infrastructure de 375 kilomètres de canalisations, baptisée GOCO2, pourrait coûter plus de 2,5 milliards d’euros.
Les prestations et tarifs : qui facture quoi ?
Les coûts liés à l’utilisation des réseaux publics de transport et de distribution du gaz sont inclus dans votre facture sous la forme de contributions tarifaires régulés par la Commission de régulation de l’énergie. La CRE permet ainsi aux distributeurs et aux transporteurs du gaz d’être financés pour assurer la sécurité du réseau mais aussi ses travaux de modernisation ou les systèmes de surveillance – comme les voitures de GRDF qui sillonnent les routes pour flairer les fuites de gaz.
Un tarif de distribution par zones
Les tarifs de distribution évoluent tous les ans au 1er juillet, selon des conditions fixées par l’ARTD7 pour la période 2024-2027. La plupart de ces tarifs suivent un principe de péréquation. Cela signifie notamment qu’au sein d’une zone desservie par une entreprise de distribution (GRDF ou autre), tous les consommateurs auront un même tarif, sans influence de leur situation géographique précise – afin d’éviter de surtaxer des consommateurs isolés par exemple.
Pour l’ATRD, il existe au total 11 tarifs péréqués et… 167 tarifs non péréqués, qui correspondent à des zones ne relevant pas du périmètre historique de GRDF ou d’une ELD.
Votre zone de prix est indiquée sur votre facture. Attention : certains fournisseurs peuvent appliquer leur propre zonage.
Le tarif de transport décomposé
Le tarif ATRT fonctionne lui comme une zone unique, mais avec différents termes tarifaires qui permettent de décomposer l’acheminement du gaz jusqu’à votre site. Cela inclut le point d’entrée du gaz (terminaux méthaniers ou gazoducs transfrontaliers), le réseau principal utilisé et les réseaux régionaux.
Le transport et la distribution : un coût quasi incompressible pour NaTran et GRDF… qui risque de peser sur vos factures à l’horizon 2030
Les montants liés à l’acheminement du gaz sont en forte progression. Avec les objectifs de décarbonation et la volonté de réduire la consommation gazière à l’horizon 2050 – même si la neutralité carbone s’appuie également sur le biogaz, qui permet de conserver les avantages de la molécule pour un bilan en émissions de CO2 drastiquement diminué –, cela pourrait même devenir un enjeu financier sensible pour votre entreprise.
En effet, NaTran annonçait par exemple un investissement de 390,95 millions d’euros en 2024 pour accroitre les capacités et les performances du réseau de transport. GRDF est également engagé dans les projets de méthanisation avec les agriculteurs.
Ainsi, l’enjeu de l’injection de biométhane ou le développement de la filière de l’hydrogène – en lien direct avec le réseau gazier existant – pourrait faire grimper ces investissements dans le transport et la distribution du gaz. Et entre sobriété énergétique et électrification des usages, ces coûts vont être supportés par un nombre décroissant de consommateurs dans les prochaines années, augmentant de fait le poids de l’acheminement du gaz pour votre facture.
C’est un enjeu à anticiper dès aujourd’hui, grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique de vos installations ou en décarbonant plus rapidement votre activité. Vous éviterez ainsi une exposition trop forte à une dépense incompressible.

Article rédigé par Côme Tessier
Rédacteur web pour Collectif Énergie, je m’évertue à glisser des touches sportives ou des notes sucrées pour rendre plus accessibles les sujets liés à l’énergie. Sans jamais oublier de traquer les doubles espaces qui perturbent la lecture.



