Plus que le battement d’ailes d’un papillon qui provoque une tornade dévastatrice, en 2026, c’est le blocage du détroit d’Ormuz qui aura créé une onde de choc jusque dans les champs de blé, les vignes du cognac, les fermes laitières et les serres maraîchères. Car lorsque les prix du pétrole et du gaz flambent, les agriculteurs se retrouvent en première ligne pour une grande partie de leurs besoins : prix du carburant, chauffage de leurs installations, conditionnement et même fabrication des engrais agricoles.

En annonçant son plan d’électrification en réponse à la crise énergétique, le gouvernement devait donc soutenir l’agriculture. Mais au-delà de subventions sur le prix du carburant, avec une ristourne pour le gazole non routier (GNR), quelle réponse concrète le gouvernement peut-il apporter aux agriculteurs ?

En avril puis en mai, par deux fois, il a opté pour des mesures ciblées dans le cadre de son grand plan d’électrification de l’économie française. Est-ce crédible ? L’agriculture peut-elle gagner en indépendance grâce à la production d’électricité décarbonée locale ?

Collectif Énergie vous présente les trois solutions majeures de l’électrification des usages à destination du monde agricole, entre volontarisme et principes de réalité.

Pourquoi vouloir électrifier le secteur agricole ?

L’agriculture déjà au cœur des ambitions de transition écologique

L’agriculture ne fait pas partie des secteurs d’activité les plus énergivores en France. En consommation finale, le bilan énergétique de l’agriculture et le pêche se situe aux alentours de 50 TWh (3 % du total), très loin derrière les transports ou l’industrie.

Pour autant, c’est un bilan en trompe-l’œil, puisque les émissions carbone de l’agriculture représentent 19 % du total français selon le Citepa. Or, l’électrification est l’un des moyens de réduire au plus vite la dépendance actuelle de l’agriculture française aux énergies fossiles.

L’agriculteur est ainsi en première ligne pour les mesures de transition écologique avec l’ambition de réduire ces usages carbonés, d’autant plus que le dérèglement climatique nuit à la productivité des terres agricoles.

La fermeture du détroit d’Ormuz : l’agriculture exposée aux conflits géopolitiques

Cette dépendance est devenue plus néfaste encore ces derniers mois avec le déclenchement d’une nouvelle crise énergétique, à la suite du début de la guerre en Iran. Pour les pêcheurs, la question de la rentabilité des sorties en mer en fonction du coût du carburant est directe.

Pour l’agriculture conventionnelle, la question est plus complexe mais les répercussions également très importantes. Ainsi, le coût du gazole non routier (GNR) pour les tracteurs mais également l’inflation sur des engrais. Près du tiers du trafic maritime mondial des engrais, de l’urée ou encore de l’ammoniac transite par le détroit.

Si l’Europe semble moins exposée sur ce point que des pays en voie de développement en Asie et en Afrique, les coûts de production vont tout de même augmenter… et pourraient être suivis d’une baisse de la productivité (pénurie d’engrais), entraînant une flambée des prix agroalimentaires.

Sur un marché mondialisé de plus en plus incertain, la volonté du gouvernement est donc de permettre à l’agriculture de gagner une plus grande part d’autonomie.

Que contient le plan gouvernemental pour l’agriculture ?

Ainsi, en réponse à une crise qui s’annonce durable pour l’économie française et plus particulièrement pour la filière agricole, le gouvernement a choisi d’agir en misant principalement sur un grand plan d’électrification des usages.

En effet, la France bénéficie d’une situation qui pourrait devenir avantageuse : une production d’électricité décarbonée « abondante » et dont le coût reste peu sensible à l’évolution des marchés gaziers.

Le 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une série de 22 mesures destinées à accélérer l’électrification. Elles reposent principalement sur des aides liées aux Certificats d’économie d’énergie (CEE), avec trois volets qui s’adressent à l’agriculture :

  • l’électrification du parc de machines agricoles et des tracteurs de faible puissance ;
  • l’équipement des serres maraîchères en pompes à chaleur ;
  • le soutien à l’achat d’électricité sur le moyen et long terme (jusqu’à dix ans).

Qu’est-ce qu’implique l’électrification pour votre contrat d’électricité ?

On pourrait croire que le contrat d’électricité serait la conséquence de l’électrification. En réalité, c’est le point de départ. En agissant sur ses achats d’électricité et sa manière de concevoir l’approvisionnement électrique, il devient possible de guider ses investissements et d’agir plus efficacement en direction de la transition écologique.

Revoir ses habitudes et sa stratégie d’achat d’électricité

L’électrification passe nécessairement par un changement fondamental : dépendre davantage de sa fourniture d’électricité. Pour gagner en indépendance par rapport aux instabilités géopolitiques et au marché mondial des hydrocarbures, il faut donc refondre sa politique d’approvisionnement. Cela s’adresse aussi bien aux aspects contractuels – comment gérer l’augmentation de la puissance appelée sur l’exploitation ? – qu’à la négociation du tarif et à l’adoption de filets de sécurité pour maîtriser son budget.

Dès lors, l’électrification ne peut pas s’imaginer sans l’appui d’une stratégie d’achat. Sans cette brique, l’adoption de solutions technologiques plus sobres énergétiquement – et plus fiables – sera moins rentable. Vous retarderez le retour sur investissement si vous n’avez pas anticipé les choix budgétaires à opérer.

Le gouvernement veut favoriser les achats long terme sur 10 ans

Pour garantir un tarif stable de l’électricité aux consommateurs professionnels et permettre une adoption plus rapide de l’électrification, le gouvernement mise sur les contrats long terme – sur le modèle des PPA, pour Power purchase agreement.

Ces contrats de gré à gré, entre un producteur d’énergie renouvelable et un consommateur, permettent de définir un prix d’achat avantageux sur de longues années, en échange de garanties pour les investissements du producteur dans un parc éolien ou photovoltaïque.

À partir de 2027, pour l’agriculture, la pêche et le numérique, le gouvernement mettra à disposition des contrats long terme de 8 à 10 ans issus du parc renouvelable soutenu par l’État.

Mais les PPA ne sont en fait qu’une partie de la solution. Pour un consommateur, ils ne permettent de couvrir qu’une partie de vos besoins – généralement entre 10 et 15 % de votre consommation annuelle.

La communauté d’achat : une solution pour les exploitants agricoles

C’est pour cela que Collectif Énergie met à disposition des plus petits consommateurs d’autres solutions concrètes d’achat d’énergie, complémentaires aux PPA. Or, bien souvent, ces stratégies ne sont accessibles qu’à des industriels avec un fort potentiel de consommation énergétique. Grâce à la communauté d’achat, en regroupant les volumes de consommation de plusieurs acteurs au profil énergétique similaire, vous pouvez choisir une stratégie de ce type.

Grâce à un accès facilité à des achats modulés, en plusieurs fois sur les marchés ou par une stratégie bloc + spot audacieuse, les agriculteurs peuvent stabiliser leur budget électrique en cohérence avec l’augmentation de leur volume de consommation.

La communauté d’achat vous permettra même de déléguer la gestion de vos sujets énergétiques en bénéficiant des avantages d’un cabinet de conseil dédié : gestion contractuelle, suivi des marchés, alertes, études comparatives pour vos investissements, etc.

Tracteurs électriques : comment électrifier les machines agricoles ?

Le montant des aides et les objectifs

Pour l’heure, l’Ademe soutient l’électrification des engins agricoles automoteurs de manière relativement limitée, via le dispositif des CEE. Il s’agit principalement de soutenir l’expérimentation et de construire des retours d’expérience.

Cependant, avec la volonté du plan d’électrification gouvernemental, 150 engins sont désormais éligibles au programme CEE E-Trans, contre 15 au préalable. Celui-ci va s’étendre dès lors sur le second semestre 2026, au-delà du 30 juin.

De plus, cette aide concerne tous les aspects de l’électrification des engins : étude préalable à l’investissement, infrastructure de recharge et achat. Elle peut représenter jusqu’à 80 % de certaines dépenses, comme l’achat de l’engin ou de l’installation d’une recharge fixe ou mobile.

Enfin, aucun critère de puissance n’a été retenu. Les petits engins peuvent être éligibles, même si l’Ademe précise que les « équipements émergents » avec des verrous techniques ou économiques seront priorisés.

Retours de terrain dans la viticulture et rentabilité réelle

Les verrous à l’électrification des tracteurs et des engins agricoles existent bel et bien. Généralement, un engin électrique coûtera bien plus cher que son équivalent thermique, la filière étant encore balbutiante. Pourtant, des initiatives pour détourner l’agriculture du thermique existent déjà. Ainsi, le site Réussir raconte comment le château Montrose à Saint-Estèphe, en Gironde, mise déjà sur le 100 % électrique pour son exploitation.

En 2017, le vignoble a adopté un premier tracteur électrique. Il possède désormais 4 enjambeurs du modèle T4E de Kremer. « L’objectif c’est d’avoir 100 % du parc enjambeur en électrique, soit 14 machines, d’ici 2028 », raconte le responsable R&D du domaine à Réussir. Preuve que l’ambition est là et qu’elle fonctionne avec des effets collatéraux positifs : meilleur confort de travail, moins de nuisances sonores… et une forte réduction des frais d’entretien, ce qui renforce la rentabilité de l’investissement.

Selon l’exploitant, aujourd’hui, les courbes d’amortissement entre thermique et électrique se croisent aux alentours de huit ans.

Les freins à l’électrification à ne pas sous-estimer

Cependant, l’électricité est encore loin d’être l’apanage pour les engins agricoles. Certains freins demeurent, dont les frais à l’installation des infrastructures nécessaires ou le coût des machines par rapport à leur équivalent thermique. L’aide proposée par l’État doit répondre à ce problème du montant d’investissement de départ.

De plus, des réticences subsistent quant à l’usage de ces engins agricoles et leur autonomie réelle. Est-ce vraiment compatible avec les travaux des champs et une journée de huit, neuf voire dix heures ? Cela pourrait nécessiter une adaptation du planning, avec une pause méridienne qui permette une recharge rapide des engins – à une heure où l’énergie solaire est abondante et bon marché.

Enfin, le poids des engins peut se révéler problématique pour des travaux sur des terrains difficiles, abîmés ou d’accès compliqués. Les batteries électriques pèsent de moins en moins lourd. Cela pourrait finalement être moins gênant à terme, mais explique néanmoins pourquoi l’expérimentation grandeur nature du gouvernement se concentre sur les petits engins agricoles.

Les pompes à chaleur (PAC) pour les serres agricoles : un choix logique ?

Le montant des aides et les objectifs

Le plan d’électrification vise à renforcer un autre dispositif clé des aides CEE destinées à l’agriculture : les pompes à chaleur pour les serres agricoles (horticulture et maraîchage).

Le but annoncé est de couvrir jusqu’à 400 hectares de serres grâce à des PAC électriques d’ici 2030… soit 20 % de la surface des serres chauffées installées actuellement dans l’ensemble du pays.

La fiche dédiée des CEE, avec le montant précis des aides et leur fonctionnement sera mise à jour en septembre 2026.

Pourquoi chauffer à l’électricité plutôt qu’au gaz ?

Aujourd’hui, 80 % des serres chauffées le sont grâce au gaz. Ces chaudières augmentent la dépendance de la filière à cette énergie carbonée. L’électrification doit alors permettre de réduire cette exposition aux marchés du gaz et de contribuer à la décarbonation du secteur.

Mais plusieurs solutions permettent de sortir du gaz naturel. La réutilisation de chaleur fatale issue d’un procédé industriel pourrait répondre aux besoins des agriculteurs. La méthanisation, via la dégradation des résidus agricoles, permet de produire un biogaz local… et un digestat capable de nourrir les sols. Enfin, l’installation de pompes à chaleur électriques offrir une solution énergétiquement efficace, mais avec un coût d’investissement préalable plus important. Or, c’est ce dernier point qui est soutenu plus fortement par le gouvernement dans l’immédiat, afin de répondre aux ambitions de consommation électrique et offrir des débouchés à l’offre abondante d’électricité sur le territoire.

Quels risques pour votre modèle économique ?

Le choix de l’électrification du chauffage requiert un ajustement de votre budget énergétique. Vos besoins en électricité vont augmenter, lors de périodes où vous consommez habituellement moins. Votre profil de consommation d’électricité pourrait être modifié, ce qui engendrera un ajustement avec votre fournisseur.

Mais grâce au pilotage de votre consommation, voire avec un arbitrage en temps réel entre chauffage au gaz et chauffage à l’électricité, vous pourriez en tirer des bénéfices plus rapidement. Selon le député non inscrit Raphaël Schellenberger, en charge de la mission parlementaire sur l’électrification, « 60 % du temps, c’est plus intéressant [financièrement] avec l’électricité que le gaz » (France Inter, le 26 mai 2026).

De plus, même si l’électricité ne se stocke que provisoirement, des solutions émergent et valorisent votre diversification d’approvisionnement : des panneaux solaires avec des batteries ou des ballons d’eau chaude pilotables, des contrats long terme, voire un arbitrage au spot comme la coopérative maraîchère Solarenn.

En apportant de la flexibilité à vos usages, vous pouvez profiter des opportunités du marché et réduire votre budget sans craindre la prochaine perturbation géopolitique sur les livraisons de GNL.

Conclusion : adoptez l’électrification… sans oublier d’anticiper vos besoins !

L’électrification des usages agricoles est et devient une évidence face aux risques démultipliées par les crises géopolitiques mais également climatiques. L’électrification est la réponse naturelle à de nombreux défis du secteur agricole. Cependant, vous devez anticiper cette solution. Les réponses sont à la fois simples et nombreuses, donc potentiellement complexes.

En effet, l’agriculture a l’avantage d’être un secteur avec un potentiel de production d’énergie, entre la méthanisation – qui permet à la fois de produire du biogaz, éventuellement de l’électricité par la cogénération et du digestat qui remplace certains engrais– et l’agrivoltaïsme, qui fournit une énergie solaire décarbonée sans nuire à votre activité principale.

Les réponses ne peuvent donc être seulement linéaires et figées. Le secteur agricole a besoin d’une stratégie globale, alliant revenus stables et diversifiés, charges maîtrisées et garanties pour les investissements de long terme – tant sur les terres et les semences que les machines et les engins agricoles.

Or, pour ne plus être dépendant de la situation géopolitique, l’électricité apporté une réponse souveraine. « L’électricité est produite chez nous. On la maîtrise, affirme ainsi Raphaël Schellenberger. Son coût peut être plus élevé, mais elle sécurise. »

Article rédigé par Côme Tessier

Rédacteur web pour Collectif Énergie, je m’évertue à glisser des touches sportives ou des notes sucrées pour rendre plus accessibles les sujets liés à l’énergie. Sans jamais oublier de traquer les doubles espaces qui perturbent la lecture.

Plus que le battement d’ailes d’un papillon qui provoque une tornade dévastatrice, en 2026, c’est le blocage du détroit d’Ormuz qui aura créé une onde de choc jusque dans les champs de blé, les vignes du cognac, les fermes laitières et les serres maraîchères. Car lorsque les prix du pétrole et du gaz flambent, les agriculteurs se retrouvent en première ligne pour une grande partie de leurs besoins : prix du carburant, chauffage de leurs installations, conditionnement et même fabrication des engrais agricoles.

En annonçant son plan d’électrification en réponse à la crise énergétique, le gouvernement devait donc soutenir l’agriculture. Mais au-delà de subventions sur le prix du carburant, avec une ristourne pour le gazole non routier (GNR), quelle réponse concrète le gouvernement peut-il apporter aux agriculteurs ?

En avril puis en mai, par deux fois, il a opté pour des mesures ciblées dans le cadre de son grand plan d’électrification de l’économie française. Est-ce crédible ? L’agriculture peut-elle gagner en indépendance grâce à la production d’électricité décarbonée locale ?

Collectif Énergie vous présente les trois solutions majeures de l’électrification des usages à destination du monde agricole, entre volontarisme et principes de réalité.

Pourquoi vouloir électrifier le secteur agricole ?

L’agriculture déjà au cœur des ambitions de transition écologique

L’agriculture ne fait pas partie des secteurs d’activité les plus énergivores en France. En consommation finale, le bilan énergétique de l’agriculture et le pêche se situe aux alentours de 50 TWh (3 % du total), très loin derrière les transports ou l’industrie.

Pour autant, c’est un bilan en trompe-l’œil, puisque les émissions carbone de l’agriculture représentent 19 % du total français selon le Citepa. Or, l’électrification est l’un des moyens de réduire au plus vite la dépendance actuelle de l’agriculture française aux énergies fossiles.

L’agriculteur est ainsi en première ligne pour les mesures de transition écologique avec l’ambition de réduire ces usages carbonés, d’autant plus que le dérèglement climatique nuit à la productivité des terres agricoles.

La fermeture du détroit d’Ormuz : l’agriculture exposée aux conflits géopolitiques

Cette dépendance est devenue plus néfaste encore ces derniers mois avec le déclenchement d’une nouvelle crise énergétique, à la suite du début de la guerre en Iran. Pour les pêcheurs, la question de la rentabilité des sorties en mer en fonction du coût du carburant est directe.

Pour l’agriculture conventionnelle, la question est plus complexe mais les répercussions également très importantes. Ainsi, le coût du gazole non routier (GNR) pour les tracteurs mais également l’inflation sur des engrais. Près du tiers du trafic maritime mondial des engrais, de l’urée ou encore de l’ammoniac transite par le détroit.

Si l’Europe semble moins exposée sur ce point que des pays en voie de développement en Asie et en Afrique, les coûts de production vont tout de même augmenter… et pourraient être suivis d’une baisse de la productivité (pénurie d’engrais), entraînant une flambée des prix agroalimentaires.

Sur un marché mondialisé de plus en plus incertain, la volonté du gouvernement est donc de permettre à l’agriculture de gagner une plus grande part d’autonomie.

Que contient le plan gouvernemental pour l’agriculture ?

Ainsi, en réponse à une crise qui s’annonce durable pour l’économie française et plus particulièrement pour la filière agricole, le gouvernement a choisi d’agir en misant principalement sur un grand plan d’électrification des usages.

En effet, la France bénéficie d’une situation qui pourrait devenir avantageuse : une production d’électricité décarbonée « abondante » et dont le coût reste peu sensible à l’évolution des marchés gaziers.

Le 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une série de 22 mesures destinées à accélérer l’électrification. Elles reposent principalement sur des aides liées aux Certificats d’économie d’énergie (CEE), avec trois volets qui s’adressent à l’agriculture :

  • l’électrification du parc de machines agricoles et des tracteurs de faible puissance ;
  • l’équipement des serres maraîchères en pompes à chaleur ;
  • le soutien à l’achat d’électricité sur le moyen et long terme (jusqu’à dix ans).

Qu’est-ce qu’implique l’électrification pour votre contrat d’électricité ?

On pourrait croire que le contrat d’électricité serait la conséquence de l’électrification. En réalité, c’est le point de départ. En agissant sur ses achats d’électricité et sa manière de concevoir l’approvisionnement électrique, il devient possible de guider ses investissements et d’agir plus efficacement en direction de la transition écologique.

Revoir ses habitudes et sa stratégie d’achat d’électricité

L’électrification passe nécessairement par un changement fondamental : dépendre davantage de sa fourniture d’électricité. Pour gagner en indépendance par rapport aux instabilités géopolitiques et au marché mondial des hydrocarbures, il faut donc refondre sa politique d’approvisionnement. Cela s’adresse aussi bien aux aspects contractuels – comment gérer l’augmentation de la puissance appelée sur l’exploitation ? – qu’à la négociation du tarif et à l’adoption de filets de sécurité pour maîtriser son budget.

Dès lors, l’électrification ne peut pas s’imaginer sans l’appui d’une stratégie d’achat. Sans cette brique, l’adoption de solutions technologiques plus sobres énergétiquement – et plus fiables – sera moins rentable. Vous retarderez le retour sur investissement si vous n’avez pas anticipé les choix budgétaires à opérer.

Le gouvernement veut favoriser les achats long terme sur 10 ans

Pour garantir un tarif stable de l’électricité aux consommateurs professionnels et permettre une adoption plus rapide de l’électrification, le gouvernement mise sur les contrats long terme – sur le modèle des PPA, pour Power purchase agreement.

Ces contrats de gré à gré, entre un producteur d’énergie renouvelable et un consommateur, permettent de définir un prix d’achat avantageux sur de longues années, en échange de garanties pour les investissements du producteur dans un parc éolien ou photovoltaïque.

À partir de 2027, pour l’agriculture, la pêche et le numérique, le gouvernement mettra à disposition des contrats long terme de 8 à 10 ans issus du parc renouvelable soutenu par l’État.

Mais les PPA ne sont en fait qu’une partie de la solution. Pour un consommateur, ils ne permettent de couvrir qu’une partie de vos besoins – généralement entre 10 et 15 % de votre consommation annuelle.

La communauté d’achat : une solution pour les exploitants agricoles

C’est pour cela que Collectif Énergie met à disposition des plus petits consommateurs d’autres solutions concrètes d’achat d’énergie, complémentaires aux PPA. Or, bien souvent, ces stratégies ne sont accessibles qu’à des industriels avec un fort potentiel de consommation énergétique. Grâce à la communauté d’achat, en regroupant les volumes de consommation de plusieurs acteurs au profil énergétique similaire, vous pouvez choisir une stratégie de ce type.

Grâce à un accès facilité à des achats modulés, en plusieurs fois sur les marchés ou par une stratégie bloc + spot audacieuse, les agriculteurs peuvent stabiliser leur budget électrique en cohérence avec l’augmentation de leur volume de consommation.

La communauté d’achat vous permettra même de déléguer la gestion de vos sujets énergétiques en bénéficiant des avantages d’un cabinet de conseil dédié : gestion contractuelle, suivi des marchés, alertes, études comparatives pour vos investissements, etc.

Tracteurs électriques : comment électrifier les machines agricoles ?

Le montant des aides et les objectifs

Pour l’heure, l’Ademe soutient l’électrification des engins agricoles automoteurs de manière relativement limitée, via le dispositif des CEE. Il s’agit principalement de soutenir l’expérimentation et de construire des retours d’expérience.

Cependant, avec la volonté du plan d’électrification gouvernemental, 150 engins sont désormais éligibles au programme CEE E-Trans, contre 15 au préalable. Celui-ci va s’étendre dès lors sur le second semestre 2026, au-delà du 30 juin.

De plus, cette aide concerne tous les aspects de l’électrification des engins : étude préalable à l’investissement, infrastructure de recharge et achat. Elle peut représenter jusqu’à 80 % de certaines dépenses, comme l’achat de l’engin ou de l’installation d’une recharge fixe ou mobile.

Enfin, aucun critère de puissance n’a été retenu. Les petits engins peuvent être éligibles, même si l’Ademe précise que les « équipements émergents » avec des verrous techniques ou économiques seront priorisés.

Retours de terrain dans la viticulture et rentabilité réelle

Les verrous à l’électrification des tracteurs et des engins agricoles existent bel et bien. Généralement, un engin électrique coûtera bien plus cher que son équivalent thermique, la filière étant encore balbutiante. Pourtant, des initiatives pour détourner l’agriculture du thermique existent déjà. Ainsi, le site Réussir raconte comment le château Montrose à Saint-Estèphe, en Gironde, mise déjà sur le 100 % électrique pour son exploitation.

En 2017, le vignoble a adopté un premier tracteur électrique. Il possède désormais 4 enjambeurs du modèle T4E de Kremer. « L’objectif c’est d’avoir 100 % du parc enjambeur en électrique, soit 14 machines, d’ici 2028 », raconte le responsable R&D du domaine à Réussir. Preuve que l’ambition est là et qu’elle fonctionne avec des effets collatéraux positifs : meilleur confort de travail, moins de nuisances sonores… et une forte réduction des frais d’entretien, ce qui renforce la rentabilité de l’investissement.

Selon l’exploitant, aujourd’hui, les courbes d’amortissement entre thermique et électrique se croisent aux alentours de huit ans.

Les freins à l’électrification à ne pas sous-estimer

Cependant, l’électricité est encore loin d’être l’apanage pour les engins agricoles. Certains freins demeurent, dont les frais à l’installation des infrastructures nécessaires ou le coût des machines par rapport à leur équivalent thermique. L’aide proposée par l’État doit répondre à ce problème du montant d’investissement de départ.

De plus, des réticences subsistent quant à l’usage de ces engins agricoles et leur autonomie réelle. Est-ce vraiment compatible avec les travaux des champs et une journée de huit, neuf voire dix heures ? Cela pourrait nécessiter une adaptation du planning, avec une pause méridienne qui permette une recharge rapide des engins – à une heure où l’énergie solaire est abondante et bon marché.

Enfin, le poids des engins peut se révéler problématique pour des travaux sur des terrains difficiles, abîmés ou d’accès compliqués. Les batteries électriques pèsent de moins en moins lourd. Cela pourrait finalement être moins gênant à terme, mais explique néanmoins pourquoi l’expérimentation grandeur nature du gouvernement se concentre sur les petits engins agricoles.

Les pompes à chaleur (PAC) pour les serres agricoles : un choix logique ?

Le montant des aides et les objectifs

Le plan d’électrification vise à renforcer un autre dispositif clé des aides CEE destinées à l’agriculture : les pompes à chaleur pour les serres agricoles (horticulture et maraîchage).

Le but annoncé est de couvrir jusqu’à 400 hectares de serres grâce à des PAC électriques d’ici 2030… soit 20 % de la surface des serres chauffées installées actuellement dans l’ensemble du pays.

La fiche dédiée des CEE, avec le montant précis des aides et leur fonctionnement sera mise à jour en septembre 2026.

Pourquoi chauffer à l’électricité plutôt qu’au gaz ?

Aujourd’hui, 80 % des serres chauffées le sont grâce au gaz. Ces chaudières augmentent la dépendance de la filière à cette énergie carbonée. L’électrification doit alors permettre de réduire cette exposition aux marchés du gaz et de contribuer à la décarbonation du secteur.

Mais plusieurs solutions permettent de sortir du gaz naturel. La réutilisation de chaleur fatale issue d’un procédé industriel pourrait répondre aux besoins des agriculteurs. La méthanisation, via la dégradation des résidus agricoles, permet de produire un biogaz local… et un digestat capable de nourrir les sols. Enfin, l’installation de pompes à chaleur électriques offrir une solution énergétiquement efficace, mais avec un coût d’investissement préalable plus important. Or, c’est ce dernier point qui est soutenu plus fortement par le gouvernement dans l’immédiat, afin de répondre aux ambitions de consommation électrique et offrir des débouchés à l’offre abondante d’électricité sur le territoire.

Quels risques pour votre modèle économique ?

Le choix de l’électrification du chauffage requiert un ajustement de votre budget énergétique. Vos besoins en électricité vont augmenter, lors de périodes où vous consommez habituellement moins. Votre profil de consommation d’électricité pourrait être modifié, ce qui engendrera un ajustement avec votre fournisseur.

Mais grâce au pilotage de votre consommation, voire avec un arbitrage en temps réel entre chauffage au gaz et chauffage à l’électricité, vous pourriez en tirer des bénéfices plus rapidement. Selon le député non inscrit Raphaël Schellenberger, en charge de la mission parlementaire sur l’électrification, « 60 % du temps, c’est plus intéressant [financièrement] avec l’électricité que le gaz » (France Inter, le 26 mai 2026).

De plus, même si l’électricité ne se stocke que provisoirement, des solutions émergent et valorisent votre diversification d’approvisionnement : des panneaux solaires avec des batteries ou des ballons d’eau chaude pilotables, des contrats long terme, voire un arbitrage au spot comme la coopérative maraîchère Solarenn.

En apportant de la flexibilité à vos usages, vous pouvez profiter des opportunités du marché et réduire votre budget sans craindre la prochaine perturbation géopolitique sur les livraisons de GNL.

Conclusion : adoptez l’électrification… sans oublier d’anticiper vos besoins !

L’électrification des usages agricoles est et devient une évidence face aux risques démultipliées par les crises géopolitiques mais également climatiques. L’électrification est la réponse naturelle à de nombreux défis du secteur agricole. Cependant, vous devez anticiper cette solution. Les réponses sont à la fois simples et nombreuses, donc potentiellement complexes.

En effet, l’agriculture a l’avantage d’être un secteur avec un potentiel de production d’énergie, entre la méthanisation – qui permet à la fois de produire du biogaz, éventuellement de l’électricité par la cogénération et du digestat qui remplace certains engrais– et l’agrivoltaïsme, qui fournit une énergie solaire décarbonée sans nuire à votre activité principale.

Les réponses ne peuvent donc être seulement linéaires et figées. Le secteur agricole a besoin d’une stratégie globale, alliant revenus stables et diversifiés, charges maîtrisées et garanties pour les investissements de long terme – tant sur les terres et les semences que les machines et les engins agricoles.

Or, pour ne plus être dépendant de la situation géopolitique, l’électricité apporté une réponse souveraine. « L’électricité est produite chez nous. On la maîtrise, affirme ainsi Raphaël Schellenberger. Son coût peut être plus élevé, mais elle sécurise. »

Article rédigé par Côme Tessier

Rédacteur web pour Collectif Énergie, je m’évertue à glisser des touches sportives ou des notes sucrées pour rendre plus accessibles les sujets liés à l’énergie. Sans jamais oublier de traquer les doubles espaces qui perturbent la lecture.

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