La revue mensuelle énergie
de Juin 2021

Marché de l'énergie 06 juillet, 2021 par Marina Tourneux

Collectif Energie propose chaque mois une analyse du marché de l’énergie, de l’électricité et du gaz.

Vous êtes préoccupé par l’évolution des prix de l’énergie qui impacte votre activité ? Et vous souhaitez comprendre les mouvements de ce marché complexe ? Ne cherchez plus, vous êtes au bon endroit !

Hausse généralisée des prix

La couleur des flèches ci-dessous représente l’influence sur le prix de l’énergie : 

CHARBON

Le prix du charbon poursuit sa tendance haussière, en augmentant de 8,56% ce mois-ci. On peut expliquer cette hausse par les prix très élevés observés sur le marché intérieur chinois, mais aussi par l’augmentation continue de la demande mondiale de charbon, qui a maintenant largement retrouvé ses niveaux d’avant COVID.

CO2

Le CO2 poursuit sa tendance haussière, de plus on remarque une accélération de la tendance en cette fin de mois. Le prix élevé du gaz a contraint de nombreux producteurs à se tourner vers le charbon, qui nécessite l’achat d’une quantité importante de quotas de CO2.

PÉTROLE

En hausse de 8,38% : la reprise économique est responsable de la hausse de la demande, tandis que la production n’a toujours pas été révisé à la hausse en Moyen-Orient.

ÉNERGIES RENOUVELABLES

La production des énergies renouvelables est stable.

production nucléaire

La production nucléaire est relativement stable. (Elle atteint les niveaux observés en 2018 et 2019.)

Température

Le mois de juin a été chaud : la moyenne des températures a été supérieure à la normale de 2°C, pour atteindre 20,3°C.

ANALYSE ET CHIFFRES CLÉS DES MARCHÉS EN FRANCE

ÉLECTRICITÉ

Le CAL BL 22 a ouvert à 63,99 €/MWh pour finir à 73,65 €/MWh le 30 juin, soit une hausse très importante de 15,1%. Ce mois de juin 2021 a été marqué par une forte hausse du prix de l’électricité dans tous les pays Européens.

D’abord, on remarque que le prix SPOT* de l’électricité atteint des records en ce mois de juin 2021. Il oscille actuellement entre 60 €/MWh et 100 €/MWh, contre 20-50 €/MWh ces dernières années à la même époque. Cette augmentation du prix du Spot a un impact immédiat sur les calendaires.

Le prix de l’électricité est toujours très corrélé au prix des quotas de CO2. Ces derniers augmentent de 9,03% ce mois-ci. Le prix de l’électricité a donc suivi cette augmentation : le phénomène a été amplifié par l’augmentation du prix du gaz.

Il est important de signaler qu’il y a actuellement un spread très important entre le prix du calendaire 2022 et le prix du calendaire 2024. Habituellement, le prix d’un calendaire à échéance plus longue est plus cher qu’un calendaire à échéance plus courte (phénomène de contango**). Actuellement, le prix du calendaire 2022 est 17 euros + cher que le prix du calendaire 2024, nous observons un phénomène de backwardation***. Il y a donc un potentiel intérêt à réserver au moins une partie de son énergie pour 2024.

GAZ NATUREL

Le prix du gaz TTF 22 a ouvert à 20,74€/MWh pour finir à 25,44€/MWh le 30 juin, soit une hausse de 22,65%.

La demande de gaz est actuellement très élevée en Europe, notamment car le prix du charbon et des quotas de CO2 est particulièrement élevé. Les approvisionnements en provenance de la Russie et de la Norvège restent instables.

De plus, il y a moins de navires de Gaz Naturel Liquéfié qui arrivent en Europe en raison des prix élevés du gaz en Asie.

FOCUS du mois : Accord « FIT for 55 » de l’Union Européenne

Qu’est-ce que c’est ?

L’Union européenne a récemment décidé de renforcer ses objectifs climatiques afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et de réduire ses émissions de CO2 de 55% en 2030 par rapport à 1990, (cet objectif remplaçant l’ancien – moins ambitieux – d’une réduction de 40% des émissions à cette échéance).

Conséquences sur le marché du CO2

Pour atteindre ses nouveaux objectifs, l’Union européenne va devoir renforcer le déclin du nombre de quotas d’émission de CO2 mis sur le marché tous les ans. Les quotas étant non périssables, un phénomène d’anticipation/spéculation a propulsé le prix de la tonne de CO2 à plus de 50 € depuis avril. Concrètement, un certain nombre d’acteurs se sont dit que le prix de la tonne de CO2 allait augmenter du fait de la diminution prévisible du nombre de quotas mis sur le marché. Ils en ont donc acheté.

Résultat : le prix de la tonne de CO2 a augmenté.

Impact sur le prix de l’énergie en Europe

La hausse du prix du CO2 (et du gaz) constitue une incitation forte, car économique, pour les États à investir dans des moyens de production d’électricité bas carbone, tout en leur envoyant un avertissement ferme vis-à-vis d’un usage significatif du gaz fossile. On peut espérer que cela ramène à la raison certains États ayant fait le choix d’un usage massif et de long terme du gaz fossile, tels que la Belgique et l’Allemagne.

La hausse du prix de l’électricité devrait rapidement se traduire par une hausse du prix des factures pour les consommateurs particuliers et industriels. Pour les premiers, cette hausse ne devrait pas être perçu directement : la révisions des TRV se fait chaque début de nouvelle année, en prenant comme référence la moyenne des prix de l’année N-1 et N-2. En 2022, le TRV dépendra donc de la moyenne des prix observés sur l’année 2020 et 2021. Les prix bas observés en 2020 vont donc contre balancer les prix élevés observés en 2021. Cela signifie que la répercussion de cette hausse des prix ne pourrait se ressentir qu’en 2023 pour les particuliers (en fonction de ce qu’il se passera en 2022).

Concernant les industriels, il est essentiel que l’Union européenne se dote rapidement d’un mécanisme de compensation carbone à ses frontières. Le cas échéant, la hausse des coûts de l’énergie va avoir un impact considérable sur la compétitivité internationale des industriels européens.

Le système électrique européen semble être arrivé à l’aube d’une ère nouvelle. S’il est encore trop tôt pour en voir les effets sur les politiques énergétiques des États, il est probable que cette évolution rappellera un certain nombre de pays à leurs engagements de neutralité carbone. Une évolution des politiques publiques européennes vers davantage de pragmatisme en faveur de la décarbonation pourrait être l’une des conséquences de cette nouvelle donne.

Le 14 juillet 2021, la commission européenne se réunit afin de présenter 12 dossiers, dont plusieurs concernent une potentielle révision du système d’échange des quotas de CO2. Suivant ce qui est annoncé, on peut s’attendre à d’importants mouvements sur le marché des quotas de CO2. Affaire à suivre !

*SPOT : Prix de l’électricité de gros au comptant pour livraison immédiate.

**Contango : on parle de contango dans le cas où la courbe de prix d’un actif est ascendante lorsque l’échéance augmente.

***Backwardation : on parle de backwardation dans le cas où la courbe de prix d’un actif est descendante lorsque l’échéance augmente.

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